Une mise au point scientifique, nuancée… et déculpabilisante
Il existe énormément de témoignages de personnes convaincues d’être « addictes » au sucre. Certaines décrivent même un manque, de l’irritabilité ou des symptômes lorsqu’elles tentent de s’en passer … Oui, j’ai vécu cela avec des patients au cabinet, et il ne faut pas ignorer ce qu’ils ressent.
Cette perception est compréhensible, mais la classification du sucre comme une addiction, au sens médical du terme, reste fortement débattue
Le sucre active le circuit de la récompense
Le goût sucré apporte du plaisir immédiat, et active certains circuits dopaminergiques. Ce n’est pas un effet unique au sucre. Beaucoup d’aliments agréables à manger activent ce système, sans pour autant créer une dépendance comparable à l’alcool, au tabac ou aux opioïdes.
Les données disponibles montrent surtout cela chez des animaux . (ex : PMC2235907)
Sur l’humain nous n’avons pas réussi à ce jour à démontrer ça, car :
il n’existe pas de syndrome de sevrage spécifique au sucre
pas de tolérance progressive
pas de perte de contrôle incontrôlable comparable aux substances addictives.
Ce qui donne plutôt l’impression d’“addiction”, c’est l’aliment dans son ensemble, pas le sucre isolé.
Peut-on catégoriser le sucre comme une addiction ?
Dans le DSM-5, pour qu’une substance soit considérée comme potentiellement addictive, on doit pouvoir observer un syndrome de sevrage clair, reproductible, avec des symptômes physiques ou psychologiques caractéristiques lorsque la substance est arrêtée.
Problème : chez l’humain, ce syndrome n’existe pas pour le sucre.
Je vous rappelle donc , déjà, ces fameux critères.
Les 11 critères diagnostics du DSM V de l’American Psychiatric Association sont :
Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ou de jouer (craving)
Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou au jeu
Beaucoup de temps consacré à la recherche de substances ou au jeu
Augmentation de la tolérance au produit addictif
Présence d’un syndrome de sevrage, c’est-à-dire de l’ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation ou du jeu
Incapacité de remplir des obligations importantes
Usage même lorsqu’il y a un risque physique
Problèmes personnels ou sociaux
Désir ou efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activité
Activités réduites au profit de la consommation ou du jeu
Poursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiques
Ces critères permettent de caractériser le degré de sévérité de l’addiction :
Présence de 2 à 3 critères : addiction faible
Présence de 4 à 5 critères : addiction modérée
Présence de 6 critères ou plus : addiction sévère
Ce que montrent les données :
Dans les études humaines, aucun symptôme de sevrage spécifique au sucre n’a été identifié (pas d’équivalent à ce qu’on observe pour la nicotine, l’alcool, l’opioïde, la caféine…), il ne ressort donc pas de consensus clair
On peut voir de l’irritabilité, des envies, parfois de la fatigue… mais ces symptômes sont non spécifiques : ils apparaissent aussi quand on réduit globalement son apport énergétique, quand on change ses habitudes, ou quand on diminue des aliments hyperpalatables (sucre + gras + sel).
Les seuls véritables symptômes de sevrage au sucre ont été observés chez l’animal, dans des protocoles extrêmes (alternance privation/accès illimité).
Sans sevrage clairement identifié, on ne peut pas classer le sucre comme substance addictive selon le DSM-5.
Le vrai sujet : l’hyperpalatabilité
En réalité, ce n’est quasi jamais le sucre seul (on ne voit personne finir un pot de sucre en poudre à la cuillère).
Le problème, c’est le combo sucre + gras + sel, omniprésent dans les aliments ultratransformés.
Ce mélange :
stimule fortement les circuits de récompense,
offre une texture parfaite (fondant, croustillant, crémeux…),
rend l’aliment hyperappétent, donc plus difficile à consommer en petite quantité.
C’est ce qu’on appelle l’hyperpalatabilité, un concept largement décrit dans la littérature (PMC3124340 , PMCID: PMC843498).
On n’est pas “addict” au sucre : on réagit à une formulation alimentaire optimisée pour être irrésistible.
Le sucre est-il vraiment un problème ?
Si on met de côté l’idée d’addiction… que reste-t-il comme risques ?
Ce sont surtout les “sucres libres” qu’on encourage à limiter.
L’OMS recommande d’en rester autour de 5 à 10% de l’apport énergétique quotidien.
À ces niveaux-là, ils ne posent pas de problème particulier dans un contexte alimentaire équilibré.
Pourquoi ? Parce qu’en restant dans cette zone, la majorité des calories vient d’aliments riches en nutriments (fibres, vitamines, minéraux…), ce qui garantit une bonne qualité globale de l’alimentation. Ce n’est pas la molécule de glucose, saccharose ou fructose en soi qui va être différente, mais bien la matrice alimentaire et les micronutriments liés.
Ainsi, dire que le sucre est « toxique » n’a pas de sens, puisque les molécules sont bien reconnues par notre organisme et cette énergie est utilisée, ou transformée en graisse (lipogénèse de novo), selon le contexte énergétique de l’individu.
Et rappelons-le :
On ne mange pas que pour les nutriments.
On mange aussi pour le plaisir, le confort, la sociabilité, bref : pour la Santé avec un grand S
Ce que les pulsions sucrées révèlent vraiment
Si le goût sucré semble “nous appeler”, ce n’est que très rarement de “l’addiction”.
Dans la majorité des cas, ces envies s’expliquent très bien par :
un apport énergétique trop bas dans la journée,
un manque de plaisir dans les repas,
un stress élevé,
un manque de sommeil,
ou simplement une habitude, un rituel
Ce sont ces dimensions-là que l’on peut explorer en consultation diététique.
Bref, vous l’aurez compris, le sujet du sucre est complexe, mais parler d’une addiction ou de toxicité du sucre, ça paraît un peu exagéré !
J’ai créée une vidéo “parodie” sur cette thématique, le but n’est pas de juger ou de se moquer, simplement de montrer que le terme “addiction” semble abusif.
J’en profite pour vous souhaiter une très belle année 2026 en perspective !
Landry
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Autres références :
Lecerf JM. “Addiction au goût sucré : mythe ou réalité ?” (2017)
NCBI : PMC2235907
NCBI : PMC3124340
PMID : 12948725